Finalement, je lui ai envoyé, ce foutu message d'anniversaire. En tâchant d'être aussi détaché que possible, sans être trop "émotionnel" vis-à-vis de ce que j'aurais vraiment envie de lui dire.
Cependant, je n'ai pu m'empêcher d'être un peu "personnel"...
"Hello !
Faute d'un bouquet de pivoines en ces temps singuliers, je tenais malgré tout à te souhaiter un bel anniversaire.
J'espère que tu vas bien, et que la situation s'améliore autant que faire se peut au CHU. Très bon courage une fois encore.
Je te souhaite tous mes voeux pour ce 26ème anniversaire et cette nouvelle année qui commence.
Je t'embrasse."
Une fois de plus (c'était le 3ème message que je lui envoyais depuis la dernière fois que nous nous sommes vus en juillet 2019, mais j'y reviendrai), je n'attendais honnêtement aucune réponse, je n'étais dans l'attente d'aucune réaction particulière, et si réponse il y avait, je ne m'attendais pas à grand chose d'autre qu'un vague rémerciement plutôt froid comme elle avait pu le faire auparavant.
Mais sa réponse m'a prise au dépourvu :
"Salut,
Merci pour ton message.
Toutefois je ne saisi pas très bien. Tu m'as demandé de disparaître de ta vie, ce que j'ai fais à grand peine. Et alors que c'est toujours extrêmement compliqué pour moi de faire un trait définitif sur cette amitié et que j'essaie pourtant tant bien que mal de m'y tenir, tu m'envoies de temps en temps des messages de pensées sympathiques comme si rien ne s'était passé.
Quel est le but ? Que cherches-tu ?
Sache qu'en faisant ça tu remues le couteau dans une plaie qui a déjà bien du mal à cicatriser."
Stupeur et surprise, me concernant...
Et la suite n'a pas arrangé mon état d'esprit.
Je lui ai repondu ceci :
"Ne vois strictement aucune animosité dans mes propos, ce n'est aucunement le cas, mais je peux soit te répondre complètement, soit simplement te promettre que ça ne se reproduira plus à l'avenir si tu me le demandes simplement, au quel cas que je ne t'imposerai aucune réponse, ne souhaitant t'infliger aucune douleur de plus...
Je le respecterai.
Prends soin de toi."
Sa réponse :
"Maintenant qu'on en est là j'aimerais autant savoir."
Re-stupeur, et re-surprise.
Je lui ai donc répondu que je lui répondrai par mail le lendemain matin (mercredi matin, donc), étant plus à l'aise par mail pour me relire que par SMS.
Voici quel fut ce mail :
"Bonjour Laura.
Comme promis, voici une réponse un peu plus complète concernant ta question d’hier. Je me sens plus à l’aise par mail que par SMS.
Tu me demandes ce que je cherche, quel est le but au fait que je t’envoie des « pensées sympathiques » de temps en temps. La réponse est très simple : rien, et aucun. Le fait est que pour chacun des messages que j’ai pu t’envoyer depuis juillet dernier (3, ou peut-être 4, si je ne m’abuse ?...), je n’attendais aucune réaction, aucune réponse, aucun retour de ta part, l’intention n’a jamais été de te solliciter. Il me semble d’ailleurs même l’avoir numériquement écrit noir sur blanc sur l’un de ces messages, et peut-être n’y as-tu simplement pas cru ou porté attention, ça n’en reste pas moins vrai.
Le premier de ces messages, je dois l’avouer, est un aveu de grande faiblesse de ma part. Je te l’ai envoyé car un soir solitaire, déprimé, je pensais à toi, je buvais, et le mood s’est vite transformé de façon négative. My bad. C’était une erreur. Et pourtant, même là, je n’attendais rien, j’avais juste besoin de te dire que je pensais à toi, et c’était évidemment une erreur. De plus. Encore.
Les message au début de la crise sanitaire était une réaction viscérale à ce qui se passait, avec mes pensées qui, dès le premier jour, se sont tournées vers celles et ceux de mes connaissances qui allaient se retrouver dans une merde plus noire encore qu’ils n’y étaient déjà, connaissance dont tu fais partie. Et même si chacun des mots de mon message était sincère, ça ne t’était pas exclusivement adressé : ma mère, mes oncles et tantes, quelques amis parisiens, clermontois, toulousains et lyonnais, et même Clément, d’ailleurs, ont eu leur message de soutien, des pensées qui ne changeaient sans doute rien du tout au problème, mais sincères. Et là non plus au final, et vue la situation hospitalière et ce qu’on me rapportait de ton activité
Et enfin ce dernier message, hier, pour ton anniversaire. Je ne te cache pas que je me suis longuement tâté à te l’envoyer, et si je faisais, à comment je formulerais les choses. Mais j’ai décidé d’être honnête envers moi-même : pour bien différentes raisons (dont je t’épargnerai l’énumérations et les explications), je tenais à te le souhaiter. Là encore, je n’attendais pas de réponse, pas de réaction, pas même un « merci ». Tu es en droit de le croire ou non, libre à toi, je ne fais néanmoins que te livrer les choses telles que je les ai ressenties et réfléchies sur le moment.
Je ne sais pas si ces explications te conviendront. J’en doute, car je pense que nous en sommes rendus toi et moi à un tel niveau de douleur nous concernant que rien ne pourrait nous apaiser. C’est ce que je perçois de tes mots (je n’affirme rien, en outre, je ne fais qu’extrapoler), et ce que je ressens plus personnellement.
Je te ferai grâce de tout ce que j’aurais à te dire, ça n’aiderait de toute évidence pas. Malgré tout, et là aussi tu pourras en faire ce que tu veux, mais la DERNIERE CHOSE que je veux, c‘est te faire davantage de mal, j’en ai bien assez fait, et la simple idée de remuer et/ou provoquer la moindre douleur chez toi me rend malade. Aussi, je stopperai à l’avenir tout message et/ou toute manifestation impérieuse et non-sollicitée de mes pensées envers toi.
Je te souhaite le meilleur, Laura. Ca, ça n’a jamais changé, et ne changera jamais, comme bien d'autres choses."
Je dois préciser ici-même qu'en écrivant ce message, je PENSAIS ce que j'écrivais. Mais après sa réponse, et beaucoup de réflexion autour de mon propre comme de sa réponse, je pose la très sincère question de si VRAIMENT c'est ce que je pensais ou si j'ai répondu ce que J'ESPERAIS qu'elle attende comme réponse, et ça constituait vraiment une réponse HONNETE. J'y reviendrai plus tard.
Sa réponse, qui une fois de plus m'a plongé dans un torrent de questionnements et de surprise :
"Bien.
Alors oui. Arrête ces messages. A chaque fois que j'en reçois un, ça me torture. J'y pense pendant des jours et pour autant je ne peux RIEN en faire.
Ça fait un an que je pense a toi plusieurs fois par semaines, comme c'était bien d'avoir un meilleur ami, un grand frère sur qui compter, quelqu'un qui nous écoute, quelqu'un qui ne nous juge pas. Comme c'était bien d'avoir quelqu'un qui nous encourage, qui nous soutient, qui nous pousse à nous dépasser. Comme c'était bien de s'en battre les couilles des apparences, venir en pyjama avec les yeux d'un lapin qui a la myxomatose, trop manger et s'endormir devant l'OWL.
Comme ca m'a manqué de ne pas t'envoyer mes progrès de pôle, j'en ai fais tellement ! De ne pas venir te chercher en voiture pour t'emmener rouler après mon permis. De te présenter vraiment Stéphane qui me rend si heureuse. Comme je suis infiniment déçue de ne pas t'avoir vu heureux le jour de votre de votre mariage. Ce regard plein d'amour et d'espoir que tu lance à Clélia sur ta photo de profil. Comme j'aurai aimé être là. Pouvoir vous souhaiter si sincèrement tout le bonheur du monde. Comme c'est ce que j'ai toujours voulu pour Clélia et pour toi...
Voilà les sentiments qui s'agitent en moi plusieurs fois par semaine. Depuis des mois. Depuis l'année dernière en fait.
J'ai si souvent eu envie de t'envoyer un message...
Et pourtant je respecte Clélia, qui recommence enfin a me faire un peu confiance. Je te respecte toi, et je respecte ta décision. Je la déteste cette décision, je la hais, mais je respecte ton choix, je ne peux rien faire de plus. Je disparaît de ta vie, comme tu me l'as expressément et cordialement demandé.
Alors arrête. Arrête de continuer à jouer avec mes sentiments. De me rappeler à quel point notre amitié qui était si doice est devenue si inaccessible. Arrête de me rappeler tous les 3 mois que tu n'es pas loin, que tu as une pensée pour moi.
C'est trop dur. Ça me fait trop de mal. Ça m'a brisé. Ça m'a changé. Je ne fais plus confiance, je n'ai plus le goût à sortir, ou pas longtemps, je suis distante avec les gens... je ne veux pas qu'on se méprenne a nouveau sur mon comportement. Tous les jours je vois les impacts sur ma vie. Je suis bien moins insouciante. Je suis bien plus méfiante et en colère. Tu sais ce passage dans les films ou la jeune fille naïve se rend compte que le monde c'est pas vraiment les bisounours, que les gens ne sont pas tous gentils, et bienveillants et qu'elle se retrouve propulsée dans un monde froid, égoïste et calculateur ? Et bien j'ai l'impression que tu m'as aidé à ouvrir les yeux, non ce ne sont pas que quelques personnes qui sont comme ça. La plupart des gens sont égoïstes et calculateurs. Et moi aussi maintenant, je reste gentille (j'espère) mais moins bienveillante, moins spontanée, moins compréhensive, moins serviable, moins patiente.
Et je déteste ça. Je déteste ce que j'étais quand je me rends compte des messages que j'émetais. Mais je déteste encore plus ce que je suis devenue.
Y a eu une fracture Flo. Y a eu une période de ma vie ou je me sentais insouciante, entourée de plein de merveilleux amis et puis du jour au lendemain je me suis sentie seule et coupable. Je suis tellement triste. Et j'arrive a peu près a vivre avec tout ça, c'est toujours là, mais dans un coin de ma tête. Mais à chaque message que tu m'envoie, tout refait surface, tout se remet à tourbillonner en première plan dans mon esprit. Je repense à tout ça. A ce que j'aurai pu faire pour éviter ça. Mais c'est trop tard. C'est définitivement trop tard. Alors arrête de te rappeler à moi. Arrête de me faire de faux espoirs. Arrête de t'en faire aussi. Ait des pensées pour moi comme on a des pensées pour quelqu'un qui n'est plus, des souvenirs morts, sans aucune chance de les revivre jamais.
Laisse moi disparaitre de ta vie comme tu m'as demandé de le faire, et disparaît de la mienne.
Laisse moi faire mon deuil de ce qui a été et laisse moi passer a autre chose. L'ancienne Laura n'est plus. Et de toute manière tu n'aimerai définitivement pas la nouvelle. Alors oublie moi.
Je crois que je te souhaite le meilleur, Flo. En tout cas une partie de moi te le souhaite. L'autre partie a vrai dire te déteste. Car si bien des choses n'ont pas changé, moi si. Et pas en bien.
Laura.
(Bien entendu cela ne concerne que toi et moi. Et personne d'autre. Merci.)"
Mon ultime message en réponse :
"Cela ne concerne que toi et moi, ça va de soi.
Il est si douloureux de me rendre compte que chaque phrase, chaque mot, chaque lettre de ta missive, j'aurais pu te les adresser, à quelques exceptions près, à quelques variations près. De nombreux regrets en plus, ça va de soi également.
Quoiqu'il en soit, je disparais, et ne t'importunerai plus à l'avenir, tu pourras m'oublier comme tu le souhaites et ne raviverai plus rien qui pourrait te causer le moindre tort.
Et parce que je ne veux pas avoir un regret de plus à ajouter à la longue liste d'échecs provoqués par ma propre médiocrité qu'est ma vie à bien des égards : si un jour tu changes d'avis, si un jour tu en as besoin, si un jour tu as quelque chose à me dire : tu peux.
Prends soin de toi."
Voilà où nous nous sommes laissés.
Pourquoi cet échange m'a fait me poser de nouvelles questions, et m'a surpris au plus haut point ? Tout d'abord parce que, une fois encore, je ne m'attendais pas à ce que ça l'ait autant touché. Je me suis une fois de plus planté, elle semble, si ce qu'elle dit est vrai en tout cas, tout aussi atteinte que moi, et je n'aurais JAMAIS DE LA VIE mis un kopek là-dessus.
Je te disais donc que quelque chose dans cet échange, tout surprenant qu'il ait été, m'avait "libéré". Et je crois avoir mis le doigt dessus : c'est qu'elle reconnaît ENFIN une part de reponsabilité dans ce qui s'est passé. Ce poids insupportable sur mes épaules, celui de reconnaître mes grossières et insupportables erreurs et attitudes dans ce drama quant elle affirmait ne RIEN avoir à se reprocher, la lire reconnaître qu'avoir changé à cause de cela lui fait prendre quelques responsabilités et enfin les reconnaître m'a enlevé une bonne part de ce poids.
Et je pensais que tout cela était de fait auto-suffisant, et qu'il fallait que je la laisse tranquille, ce qui semble la chose la plus raisonnable à faire, j'en conviens.
Cependant, quelques heures de réflexions de plus m'ont amené une autre analyse, un autre ressenti des choses, et une envie toute différente. Je pense que tu me donneras ton avis, j'aimerais que tu me donnes ton avis plutôt.
Voilà où j'en suis, et ce qui m'a animé une grosse partie de la soirée hier : est-ce que VRAIMENT j'ai répondu avec sincérité, en lui disant que je n'attendais rien d'elle en lui envoyant des SMS (3 en tout, donc, dont un discutable, le premier) ? Parce qu'avec du recul et de la réflexion, je me demande si en réalité je n'attendais pas UN SIGNE de sa part. Que l'on s'entende bien : je ne suis pas idiot au point de penser que tout pourrait redevenir comme avant, comme si rien ne s'était passé. Je réalise parfaitement que l'on n'en serait pas là si j'avais de toute façon le moindre espoir d'imaginer que tout pourrait revenir à la normale, et je suis également parfaitement conscient QU'IL NE FAUT PAS que je me laisse avoir par de faux espoirs, justement, IL NE FAUT PAS que ce qui s'est passé se reproduise, d'une part vis-à-vis de Clélia en premier lieu et raison absolue, et d'autre part parce que ce n'est simplement pas CORRECT.
Mais malgré tout, je me demande si j'ai bien fait de ne pas lui dire, en explication du "pourquoi" de ces messages de temps en temps, que c'était sans attente, et la teneur de ses propos en réponse me laisse penser qu'elle même attendait peut-être une autre forme de réponse.
Que ce serait-il passé si je lui avais répondu ce que je tends à penser être vrai après réflexion, à savoir : "j'attendais un signe de toi, Laura, que tu me dises les choses en face, et que l'on pouvait au moins arriver à ne pas nous détester en s'excusant, en faisant amende honorable de certaines choses" ?
Et c'est ce qui me trotte dans la tête depuis hier. J'ai failli, pendant la soirée, lui envoyer un mail disant, en substance : "Merde merde merde et MERDE, Laura, j'en ai marre de jouer un rôle, j'en ai marre de ne pas dire ce que j'ai VRAIMENT sur le coeur, ce que je vis depuis un an, ce à travers quoi je passe depuis un an, marre de, pour te préserver, ne pas te balancer mes regrets pour te faire comprendre à quel point j'ai une culpabilité MONSTRUEUSE qui plane au-dessus de moi, et te dire que malgré toute cette merde, tout ce que tout cela a créé de distance entre nous, entre moi et mes proches, dans ma façon de vivre en général, j'ai toujours une affection sans borne pour toi."
Du coup, je suis paumé. Le mal est déjà fait avec cet échange, de toute façon, elle a déjà les nerfs contre moi, et je l'ai UNE FOIS ENCORE faite souffrir. Donc : est-ce que je me libère d'un point en lui disant TOUT ce que j'ai sur le coeur ? Ou je me terre encore dans la raison (et sans aucun doute des regrets et des douleurs ravivés voire supplémentaires) en en restant là ?
J'aimerais avoir une réponse catégorique, mais une fois encore, ma tête et mon coeur se disputent la conduite à tenir.
Je ne sais pas, putain. Je ne sais pas.